Allergie - Syndrome d'hypersensibilité chimique multiple

Syndrome d’hypersensibilité chimique multiple

Historique du concept

Les premières observations cliniques concernant ce syndrome ont été publiées aux Etats-Unis par Randolph en 1952. Il a reçu des dénominations variées : syndrome d’hypersensibilité chimique, maladie du 20ème siècle, maladie de l’environnement, allergie cérébrale, syndrome de difficulté d’adaptation à l’environnement, syndrome de perte d’induction de tolérance, etc ; Il s’apparente au syndrome de fatigue chronique et au syndrome des Vétérants de la Guerre du Golfe.
En 1999, une conférence internationale de consensus (1) a arrêté un certain nombre de critères permettant d’identifier le syndrome d’hypersensibilité chimique multiple (SHCM) : condition chronique, dont les symptômes sont reproductibles, en réponse à des expositions de faible niveaux à des produits chimiques variés.

Les symptômes s’expriment sur plusieurs organes ou appareils et s’atténuent ou cessent avec la disparition de l’exposition.

Les difficultés de reconnaissance de ce syndrome tiennent aux faits suivants :

-Les symptômes sont non-spécifiques, très variés, nombreux (plus de 100), associés chez chaque patient d’une manière univoque
-Il n’y a pas de test para clinique capable de confirmer ou d’infirmer ce diagnostic
-La concentration d’aéro-contaminants responsables susceptible d’induire une gêne peut être extrêmement faible
-Il n’y a pas eu de démonstration scientifique probante de la relation entre exposition environnementale et maladie
-Les mécanismes invoqués pour rendre compte du SHCM sont divers. Aucun n’a fait la preuve de sa réalité
-Le profil individuel des personnes à risque de développer un SHCM est particulier (cf. ci-dessous)
Ceci explique le scepticisme de nombreux scientifiques (2,3) vis-à-vis de cette entité qui n’est pas reconnue dans tous les pays.


Prévalence et facteurs de risque

Prévalence :
Elle est particulièrement difficile à établir avec fiabilité du fait de la grande variabilité des symptômes et de l’absence de test diagnostique.Une des premières études sur le sujet a été réalisée auprès d’un échantillon de 809 étudiants d’université et concluait que 15% de ces sujets étaient hypersensibles (4). Une autre étude, également réalisée en Arizona, dans un groupe de 160 personnes âgées aboutissait au chiffre de 37% (5). Le Ministère californien de la santé a organisé en 1998 une étude par sondage auprès de 4000 personnes, utilisant un questionnaire mis au point par un groupe d’experts (6). Globalement, 15,9% des personnes interrogées faisaient état d’une sensibilité inhabituelle à des produits chimiques courants (7). Une autre étude épidémiologique réalisé par questionnaire et entretien personnalisés auprès d’un échantillon de 1582 personnes vivant à Atlanta en Géorgie (8) a montré que 12,6% du groupe souffraient d’un SHCM. On retrouve dans cette étude comme dans d’autres une nette prédominance féminine (2/3 vs 1/3). Par contre, la prédominance du syndrome dans les catégories socio-professionnelles favorisées n’est pas retrouvée dans toutes les études. D’autres études, résumées en référence 9, fournissent des chiffres beaucoup plus faibles, s’étageant de 0,2 à 6,3%.


Facteurs de risque :
L’enquête dont il vient d’être question (8) a comporté une phase prospective avec entretiens individuels. Ces derniers ont montré que seuls 1,4% des personnes avaient des problèmes psycho-affectifs avant de développer un SHCM, mais 37,7% en ont eu après la survenue du syndrome.

Le SHCM comporterait 2 phases : phase initiale due à une exposition massive à certains produits toxiques (10) ou à une exposition chronique à une ou plusieurs substances toxiques, même en faible concentration (11). Les réactions ultérieures de déclenchement des symptômes peuvent être le fait d’un grand nombre de substances .
Les théories concernant l’origine du SHCM, abordées dans un groupe de travail consacré au sujet en 1998 (12) sont multiples : neurologique, endocrinienne, immunitaire et psychologique
Un terrain allergique est fréquemment retrouvé à l’interrogatoire (8).

Symptomatologie

L’étude citée en référence 8 permet de résumer les types de symptômes ressentis après exposition à une substance agressive, par ordre de fréquence décroissante : maux de tête (88,4%), irritation oculaire (76,8%), symptômes de type asthmatique (59,4%), troubles gastriques/ nausées (55,1%), vertiges (46,4%), manque de concentration (31,9%), douleurs musculaires (30,4%), fièvre (17,4%).

Substances incriminées dans le déclenchement des crises

Ce sont, dans l’étude référencée en 8, classés par fréquence décroissante : les décapants (88,4%), les pesticides (81,2%), les parfums (81,2%), les gaz d’échappement (72,5%), les produits de beauté (60,9%), les tapis neufs (53,6%), les meubles neufs (39,1%), les fumées d’une cheminée, d’un poêle à bois ou d’un barbecue (39,1%), la fumée de cigarette (33,3%), le chlore de l’eau du robinet (39,1%) , l’encre fraîche (26,1%), un produit d’entretien du linge (18,8%). En fait, dans cette étude, seuls 14,5% des personnes atteintes d’un SHCM étaient sûres et 26,1% « quasiment sûres » d’avoir identifier le ou les facteurs déclenchants.

Texte : Pr Denis Charpin

Références bibliographiques

1 – Consensus on Multiple Chemical Hypersensitivity. Arch Environ Health 1999 ; 54 : 147-149.

2 – Barrett S. An analysis of the National Environmental Justice Advisory Council Enforcement Subcommittee’s Resolution N° 21 on multiple chemical syndrome. Quackwatch, Aug 20, 2000.

3 – Lee-Haley PR. Manipulation of perception in mass tort litigation. Natural Ressources & Environment 1997; 12: 64-68.

4 – Bell IP, Schwartz GE, Peterson M, Amend D. Self-reported illness from chemical doors in young adults without clinical symptoms or occupational exposures. Arch Environ Health 1993; 48: 6-13.

5 – Bell IP, Walsh ME, Gersmeyer A, Schwartz GE, Kano P. Cognitive dysfunctions and disabilities in geriatric veterans with self-reported intolerance to environmental chemicals. J Chronic Fatigue Syndr 1997; 2: 5-42

6 – Kipen HM, Hallman W, Kelly-McNeil K, Fledler N. Measuring chemical sensitivity prevalence : a questionnaire for population studies. Am J Public Health 1995; 85: 575-577.

7 – Kreutzer R, Neutra RR, Lashuay N. Prevalence of people reporting sensitivities to chemicals in a population-based survey. Am J Epidemiol 1999; 150: 1-12.

8 – Caress SM, Steinemann AC. A review of a two-phase population study of multiple chemical sensitivities. Environ Health Perspect 2003; 111: 1490-1497.

9 - Danish Environmental Protection Agency. Multiple Chemical Sensitivity, Environmental Project no. 988, 2005

10 – Rea W, Bell IR, Suits CW, Smiley RE. Food and chemical hypersensitivity after environmental chemical exposure: case histories. Ann Allergy 1978; 41: 101-110.

11 – Miller C, Ashford N, Doty R, Lamielle M, Otto D, Rahili A. Empirical approaches for the investigation of toxicant-induced loss of tolerance. Environ Health Perspect 1997; 105: 515-519.

12 – Interagency Workgroup on Multiple Chemical Sensitivity. 1988. A Report on Multiple Chemical Sensitivity (MCS). Predecisional Draft 26-31. Washington, DC: Interagency Workshop on Multiple Chemical Sensitivity. Available: http://web.health.pov/environment/mcs/toc.htm


Liens Internet

American Public Health Association : http://www.apha.org

National prevalence of chemical hypersensitivity and the medical diagnosis of multiple chemical syndrome :http://www.acoem.org/guidelines/article.asp?ID=46

Danish Environmental Protection Agency : http://www.mst.dk/homepage

Environmental Project n° 988, 2005: Multiple Chemical Sensitivity
http://www.mst.dk/homepage/default.asp?Sub=http://www.mst.dk/udgiv/publications/2005/87-7614-548-4/html/kap10_eng.htm



Texte : Pr Denis CHARPIN,
Médecin des hôpitaux, Pneumo-allergologue,
Epidémiologiste et spécialiste en Santé Publique